Alors qu’il se fait blâmer par bien des personnes sur le chemin de la sagesse, revenons un peu sur l’existence de l’égo… L’égo est avant tout une facette de l’expérience humaine permettant le positionnement. Il n’a rien à voir avec la notion d’humilité ou le manque de modestie… Du moins à l’état brut de sa définition qui est « la représentation et la conscience que l’on a de soi-même », et selon sa racine latine le « Je ».

Entre l’égo et JE, un monde s’est construit !

Dans notre culture, l’égo a été assimilé à la conscience du JE ou du moi-je. Mais pas pour sa notion de compréhension de soi… En effet, pour les dominants de l’Histoire de l’humanité, avoir des personnes qui prennent conscience d’eux, de leurs besoins et du respect de ces derniers, est une menace à leur emprise. Une personne consciente de ses limites et de ses besoins se respecte et est de ce fait moins malléable. Le JE a donc été placé sous la bannière de l’égoïsme et de la prétention pour instaurer la culpabilité dans le cœur des gens et les faire se sentir mal d’avoir des besoins. Cette croyance est d’ailleurs perpétuée dans bien des mouvements de développement de soi qui prône de se méfier de l’égo, alors que c’est la personnalité qui est à remettre en cause et non l’égo. L’égo n’est pas une attitude, ni un comportement, qui sont chacun une action dictée par la personnalité.

Pour mieux comprendre l’égo, il est bon de le mettre en regard des cycles d’évolution de l’humain. Prenez un enfant, au début de sa vie, il aura besoin de l’autre pour survivre. Puis il commencera à évoluer, à prendre son indépendance en marchant et prenant la parole. A cet instant, son moi (égo) commencera à faire surface en même temps qu’une phase de « non » à tout. Cette phase est le début de l’affirmation de ses positions, de son identité. Une identité qui continuera à évoluer tout au long de sa vie. Au sortir de cette période identitaire, cet enfant prendra sa place auprès de sa famille et commencera à construire sa personnalité sur la base des déductions qu’il aura faites de cette expérience du « non » et des réponses comportementales et ou verbales qu’il aura reçues. Il aura observé comment son interaction sociale se fait, ce qui éloigne ou rapproche les gens de lui et ce qui lui fait se sentir aimé ou rejeté. Il adaptera enfin son attitude pour être entouré et aimé. Ce schéma se répètera à chaque étape de sa vie pour lui permettre de se positionner. Vers l’adolescence, l’enfant sort du cocon et c’est son environnement scolaire qui devient son référentiel, il agira de même qu’avec sa famille, testant ce qui approche ou repousse, essayant de se créer un clan, comme pour élargir sa famille en quelque sorte. Puis jeune adulte, il s’affirmera dans ses études et au niveau professionnel, puis éventuellement en tant que parent. A chaque étape, l’être humain sera passé par une phase où il se positionnait dans la société… Et s’il écoute son égo, en se positionnant aussi en lui-même.

Chaque étape de l’humain fonctionne par une phase de construction puis une de partage des compréhensions qui ont découlé de son expérience. Si nous mettons cette évolution de l’égo à plus grande échelle, lorsque l’égo partage ses constats, ses apprentissages avec d’autres humains (la civilisation), il va permettre à d’autres de faire de même. Cela ne veut pas nécessairement dire que tout le monde sera d’accord, mais qu’en partageant, un échange se crée, des idées émergent et parfois cela amène à de grands bouleversements pour un autre individu, voire une société. Prenez l’exemple de révolutions ou d’évolutions techniques, c’est grâce à un égo qu’elles ont vu le jour. Si les frères Lumière s’étaient bornés à répéter ce qui existait plutôt que d’écouter l’appel de leur curiosité et leur ingéniosité, le cinéma de fiction n’aurait peut-être pas vu le jour par exemple. En cela, leur égo, leur a permis de rester fidèles à l’appel de leur créativité mais aussi d’influencer d’autres esprits créatifs qui nous offrent aujourd’hui le cinéma, la télévision, etc.

C’est ce que l’on pourrait appeler l’évolution de conscience qui part d’un individu qui, par l’énergie et l’ancrage de son égo, ose sa différence, pour se propager au collectif qui en absorbe le rayonnement ou l’inspiration, voire à l’humanité entière.

Illusion de l’égo…

Mais que veut dire se positionner envers soi ? Écraser les autres ? Non ! Loin de là, se positionner c’est commencer à écouter ses besoins, ses valeurs, ses limites. C’est également se reconnaître en tant qu’être, de construire sa confiance en soi en validant ses qualités, ses compétences, mais aussi de se reconnaître le droit d’exister. Mais pour cela, il faut commencer par se demander ce que l’on veut, au-delà de ce qui nous a été inculqué et du masque que nous pensons devoir offrir aux autres. C’est cela que certains appelle l’égo. Pourtant il serait plus juste de l’appeler une illusion de l’égo, car elle est construite sur des croyances acquises du besoin d’identification et de reconnaissance de la part de l’autre (ou des autres).

Un égo peut être bienveillant, aimant et généreux !

Votre réel égo sera celui que vous pourrez construire non sur l’image de vous que vous voulez projeter, mais sur qui vous êtes réellement.

Cela demande de se libérer des peurs de rejets, d’abandon et d’humiliation. Autant dire que cela ne se fait pas en deux jours, mais c’est une construction de l’être magnifique à embrasser. Cela demandera aussi une bouffée de courage, mais vous avez bien plus de courage que vous ne le pensez et n’êtes pas obligé(e)s de faire des changements radicaux pour commencer à être en phase avec votre égo.

Donc pour résumer, écouter son égo, son JE, ce n’est pas forcément devenir une madame ou un monsieur « moi-je » qui se regarde le nombril et écrase les autres. Ce sont des projections liées à des expressions qui font mauvais usage du mot l’égo pour mieux… le faire taire…

Les expressions telles que « non mais, t’as vu son égo », « ça va l’égo-là, les chevilles ne gonflent pas trop ? » sont issues d’une utilisation erronée du mot ou d’une peur de l’autre. En effet, les personnes qui s’assument pleinement renvoient aux autres une image qui passera par leur propres références et croyances. S’assumer ne veut pas dire avoir raison, mais être juste avec soi.

Comment rencontrer son vrai égo ?

Assumer son égo et l’utiliser avec justesse vous demandera de reconnaître vos besoins et de les respecter. D’identifier ce que vous attendez des autres et être le/a premier/ère à vous l’accorder, comme par exemple :

  • Reconnaître vos faiblesses pour les qualités qu’elles ont à vous offrir
  • Reconnaître vos parts d’ombres pour la clarté qu’elle peuvent vous apporter.
  • Identifier vos jugements et vos exigences et les confronter pour vérifier leur pertinence, mais aussi vous offrir la tolérance.

C’est en cela que je présente l’égo comme un positionnement de soi et une reconnaissance de qui vous êtes, car c’est lui qui vous donne la force et la détermination pour entamer ce chemin de la connaissance du Soi.

Texte inspiré à Christel Mesey – Avril 2018

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